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L'Autre Quotidien

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L'humour à froid de Louis Faurer

L'humour à froid de Louis Faurer

La Fondation Henri Cartier-Bresson consacre une exposition au photographe américain Louis Faurer qui n’avait pas fait l’objet d’exposition en France depuis 1992.  Le reportage et le journalisme, ne l’intéressant guère, Faurer penche pour la fragilité des choses, l’inconscient révélé qu'il traque inlassablement sur Times Square. Il accomplit pourtant des travaux de commande pour Flair, Harper’s Bazaar, Glamour ou Mademoiselle qui le font tiquer sur la vraie finalité de son travail. Portraitiste remarquable et tireur de haute volée, il a beaucoup expérimenté en chambre.

Sourds-muets, New York, 1950 © Louis Faurer Estate

Sourds-muets, New York, 1950 © Louis Faurer Estate

Faurer se projette sciemment dans ceux qu’il photographie ; il s’y reconnait bien souvent, c’est le sens de sa démarche. Il croise ainsi son double, apparaît même dans le cadre, en réflexions. Chacune de ses images est « un défi au silence et à l’indifférence», le leur, le sien. Et cela le met mal à l'aise quand il s'agit de travaux de mode qui, pourtant le font subsister, quand il ne rêve qu'à capturer l'instant tragique ou décalé qu'il recherche au long des rues, allant jusqu'au flou ou au décadré pour y arriver, à une époque où personne n'osait; une démarche que le magazine Provoke légitimera, mais seulement à la fin des années 60… La dichotomie des deux démarches lefaisant plus tard abandonner ses travaux de commande pour se consacrer à ses recherches personnelles.

Ce photographe discret n'a jamais atteint la reconnaissance de ses pairs, les Robert Frank, William Eggleston ou même de Edward Steichen qui a intégré son travail aux expositions du Musée d'Art Moderne de New York, dans « In and Out of Focus » en 1948 et « The Family of Man » en 1955.

Louis Faurer, Twins, New York 1947

Louis Faurer, Twins, New York 1947

Louis Faurer est l'un des principaux représentants de la photographie américaine de l'après-guerre. On dira que son humanisme invente le futur d'un monde qui ne connait pas encore son vrai désarroi en y faisant figurer ce que ses pairs ne dévoilent pas encore. A chercher ses sujets dans la banalité de la vie quotidienne, en photographiant les gens dans les rues de Philadelphie et de New York, puis Londres et Paris, il aime capter l'énergie tumultueuse de la vie urbaine, comme à Times Square, le point névralgique des divertissement de la métropole, avec ses nombreux cinémas, théâtres et restaurants.

Win, Place and Show, métro aérien de la 3e Avenue à la 53e rue, New York, c 1946-1948

Win, Place and Show, métro aérien de la 3e Avenue à la 53e rue, New York, c 1946-1948

Son objectif sonde avec une profonde sympathie et un regard distancié des moments et des êtres auxquels il confère une singularité par sa prise de vue. Et pour cela, Faurer expérimente de nouvelle techniques dans sa photographie :  le flou, le grain, la double exposition, les négatifs en sandwich, des réflexions, des vitesses de film lent et l'éclairage faible pour atteindre les effets qu'il cherche. Il est exigeant et connu pour être un perfectionniste infatigable quand il s'agit du développement de son travail en chambre noire. Dans la revue japonaise Déjà Vu, parue en 1994 qui lui est entièrement consacrée, il est question de redécouverte, de style en avance sur son temps et de ces quelques mots de Nan Goldin : « on peut croire à nouveau que la photographie peut être honnête » ; comme à vouloir montrer ce qui se joue dans l'instant et la constitution de cet instant-là.

Constituée d’une centaine de tirages et documents, la rétrospective est l'œuvre d'Agnès Sire, directrice de la Fondation Henri Cartier-Bresson en collaboration avec l’Estate Louis Faurer à New York, la galerie Howard Greenberg à New York ainsi que Deborah Bell Photographs.

Jean-Pierre Simard

Louis Faurer   9/09-> 18/12/16
Fondation Henri Cartier-Bresson, mardi à dimanche de 13 à 18h30, samedi de 11h00 à 18h45.
2, impasse Lebouis 75014 Paris
Catalogue bilingue Louis Faurer édité par Steidl avec deux textes originaux de Louis Faurer et Walter Hopps ainsi qu’un essai de Susan Kismaric.

Louis Faurer - NYC 71

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