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Barbara Ehrenreich et Deirdre English : le pouvoir médical et le corps des femmes

Barbara Ehrenreich et Deirdre English : le pouvoir médical et le corps des femmes


Cet article fait suite à Sorcières, sages-femmes & infirmières, Barbara Ehrenreich et Deidre English et s'inscrit dans une série consacrée à la collection« Sorcières » des éditions Cambourakis. 

Le pouvoir médical et le corps des femmes — deuxième pamphlet. De la dépossession des savoirs des femmes à la prise de pouvoir des hommes sur leurs corps, Barbara Ehrenreich et Deirdre English explorent et analysent l'HistoirE. Sorcières brûlées, soignantes écartées, les corps demeurent. Corps de femmes, corps malades, corps étrangers, corps qui diffèrent et effraient, que l'on méprise et que l'on contraint, corps dysfonctionnels, débiles, contagieux, victimes et vecteurs. La science prend le relais de la religion — véhicules séculaires des idéologies dominantes. Peu importe le discours, l'important est qu'il coupe, faux qui clive et qui prétexte le corps pour justifier l'exclusion, la sujétion, la soumission. En rappel, une sentence radicale, primordiale : « La biologie n'est pas le problème. Le problème, c'est le pouvoir, de toutes les façons dont il nous affecte. » Fragiles ou contagieuses articule de façon novatrice les problématiques de genre et de classe, et réaffirme le désir fondamental de la réappropriation des savoirs.

Rêve d'un système de santé qui émanciperait et redonnerait dignité et parole à des sujets armés pour comprendre et exiger — réalité des corps « saturés de discours » et dépendants de médecins paternalistes. Devenir les consommateurs d'une médecine clinique qui délivre des droits sur ordonnance et oblitère la parole. « Combien de fois allons-nous chez le médecin en nous sentant malades, et repartons-nous, après que notre mal a été diagnostiqué comme “psychosomatique”, en nous sentantfolles ? » Mens sana in corpore sano. De l'être sain à l'être safe, prison de la santé rêvée comme idéale et vécue comme système d'oppression. Femme, faible, folle, forte, castratrice, trop carriériste, trop maternelle, névrotique, infantile. Féminité posée comme problème, vie biologique féminine soignée comme une maladie. Nouvelle exploration historique. Au début du 20e siècle, les autrices déchiffrent une idéologie sexiste qui se modifie selon l'origine sociale des femmes. Fragiles femmes aisées, et faiblesse intrinsèque à la nature féminine contre ouvrières contagieuses, robustes génitrices porteuses de germes pathogènes. Double discours, double pensée : de la malléabilité des théories scientifiques. 

"Sunbonnet twins at church." The New York Public Library Digital Collections.

« Si l'on veut que la femme remplisse pleinement son rôle de mère, elle ne peut pas disposer du même cerveau que l'homme. Si les capacités des femmes se développaient autant que celles des hommes, leurs organes maternels en pâtiraient, et nous serions confrontés à un être hybride repoussant et inutile. » (De la débilité mentale physiologique chez la femme, P. Möbius.)


Première figure. Pâleur et langueur des beautés tuberculeuses. Les jeunes femmes alitées sont des « parures sociales » douces et éthérées. Sous-jacente, transparaît la dépendance au médecin bienveillant qui prescrit stations thermales, isolation et repos continuel, la maladie comme mode de vie. Une violence latente induit l'altération des comportements — peur de l'autorité, du châtiment, des intrusions chirurgicales, de l'apposition de sangsues sur les organes génitaux, de l'ovariectomie ou de l'excision. Bien pratique, la toxicité de tout ce qui s'éloigne du rôle social de la femme. La vie intellectuelle aggrave son état maladif naturel, et le cerveau affaiblit l'utérus. Alors que les médecins créent des hypocondriaques aux organes maladifs, soumises à leur vie biologique et privées de sexualité, le début du siècle connaît une « épidémie d'hystérie » réprimée par des traitements de plus en plus punitifs. Acmé d'un système. La rébellion est considérée comme maladie, et la maladie devient rébellion. Les soins contraignants deviennent « brutalement répressifs ». Charge contre la psychanalyse : « Sous l'influence de Freud, le scalpel utilisé pour disséquer la nature féminine est passé des mains du gynécologue à celles du psychiatre. » La déficience est par essence féminine.

A l'opposé d'un univers confiné dans l'oisiveté, les femmes employées par les époux des femmes alitées, malgré leur semblable biologie, peuvent supporter de travailler quatorze heures par jours et d'habiter des taudis. Leur constitution solide leur épargne par chance les congés maternités. Par elles survient la contagion. Prostituées, ouvrières, nourrices, domestiques : vecteurs de la prolifération bactériologique. L'on craint le contact. La trace. La bactérie transmise, incrustée dans les pores, le tissu, la nourriture. Importée des foyers insalubres. Inquiétudes sociales, peur des pauvres et des immigré.e.s. Justification médicale. La santé publique devient affaire de police, de réformateurs et de réformatrices. En rébellion contre leur statut, des femmes des classes moyennes supérieures militent. Certaines s'érigent « élévatrices » des femmes les plus pauvres. La tuberculose, crime envers le niveau de vie, a des répercussions financières. Baisse de la production, prise en charge des orphelins. La force des ouvrières leur permet d'être de bien meilleures « reproductrices » qui menacent d'envahir le pays avec leur progéniture non WASP. L'on s'inquiète de la régulation des naissances — à l'origine de la contraception, n'oublions pas « les politiques racistes et malthusiennes » et les dérives eugénistes.

Table in a flower factory, Lewis Wickes Hine, The New York Public Library Digital Collections. 1907 - 1933

« Nous voulons plus que “plus” ; nous voulons un changement, tant sur la forme que sur le fond, de la pratique médicale pour ce qui concerne les femmes. »
« En tant que femmes, à quel point sommes-nous donc “malades” ? A quel point notre dépendance vis-à-vis du système médical est une nécessité biologique, à quel point est-elle un artifice social ? »


Fragiles ou contagieuses, pamphlet d'hier, colère d'aujourd'hui. La postface d'Eva Rodriguez rappelle la permanence actuelle du sexisme dans le domaine médical, évoque la place encore prédominante des hommes dans les prises de décisions qui concernent le corps des femmes (souvenir du débat à l'Assemblée nationale autour de la « taxe tampon »). Elle souligne avec pertinence l'actualité des réflexions de la deuxième vague — monte, lame de fond, la troisième. Note pour le réveil : penser à laisser de côté la naïveté de croire acquis ce qui n'est qu'octroyé. Intégrer « la diversité de nos priorités » — soit : la diversité d'une oppression toujours protéiforme. Marteler la nécessité de croiser les lectures. Imaginer la prise de parole, la conjonction des luttes et l'alternative. Ne pas s'endormir. 

Fragiles ou contagieuses, le pouvoir médical et le corps des femmes, Barbara Ehrenreich et Deirdre English, trad. (anglais) de M. Valera, coll. « Sorcières », éd. Cambourakis, 2016.

Par Lou Dev Darsan


Ce texte a été d'abord publié dans Lou et les feuilles volantes, la page littéraire de Lou Dev Darsan. Il est reproduit ici avec l'aimable autorisation de son auteur, qui interviendra  désormais régulièrement dans la section Livres de L'Autre Quotidien.

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Consécration  à la Villette pour Kamasi Washington

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