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Loo Hui Phang réécrit les codes du western en BD

Loo Hui Phang réécrit les codes du western en BD

Scénariste de BD, Loo Hui Phang dévie le propos du sacro-saint western un des classiques du genre pour le régénérer. En route pour l'Odeur des garçons affamés. 

Elle a écrit un western sensible et magnétique, loin des poncifs du genre, pour mieux interroger ses codes et placer l’être humain au centre de ses réflexions. Pour Loo Hui Phang, chaque livre est une expérience dramaturgique et sensorielle, qui sonde ses questionnements profonds. Dans L’Odeur des garçons affamés, brillamment dessiné par Frederik Peeters, elle évoque le génocide des indiens, la place des hommes et des femmes à la fin du XIXe siècle, le pouvoir des croyances mystiques et de l’amour. Un flingue, un chapeau et un cheval font-ils un homme ? Mille fois abordé et trituré, le western a-t-il encore quelque chose à dire sur le monde ?

Loo Hui Phang n’a jamais vraiment réussi à lire des BD western, trop classiques ou référentielles pour elle. En revanche, Elle était fan des films deLa Dernière Séance, sans pour autant être une érudite en la matière et ,côté cinémascope, elle avoue un net penchant pourGary Cooper et les westerns un peu décalés comme Un homme nommé cheval [A man called Horse,)

Si elle a choisi de s'attaquer au genre, après avoir trouvé son dessinateur, coutumier du genre, lui, Frederik Peeters, c’est qu'il porte en lui une mythologie forte, faite d’archétypes psychanalytiques. C’est toujours l’histoire d’un exil, d’une colonisation, qui résonne avec son histoire familiale [Loo Hui Phang est d’origine laotienne]. De plus, cette mythologie a été fabriquée par des moyens modernes, comme la littérature de l’époque, puis la photographie et plus tard le cinéma.

Elle situe son histoire en 1872, car c’est le moment où tout bascule. ; le génocide des indiens a déjà commencé et il reste quelques bastions de résistance en territoire comanche. Mais la fin des guerres indiennes et la soumission totale des natifs à l’homme blanc marquent la fin d’un monde. L’histoire des Comanches à ce moment-là est fascinante. Comment ils ont résisté, comment ils se sont appropriés l’arme de destruction massive qu’était le cheval pour devenir les plus grands cavaliers de tous les temps, comme le concédaient les Anglais. L’arrivée du cheval dans leur peuple a modifié énormément de choses pour eux, jusqu’à contaminer leur imaginaire et leurs croyances. Le cheval, en plus d’être une créature très esthétique, a une dimension magique.

Elle revient ensuite sur la photographie : les missions d’exploration de l’Ouest revenaient avec des images censées donner envie aux colons de partir tenter leur chance, dans des territoires encore très dangereux. La photo avait un impact très fort, quelque chose de presque biblique pour des hommes et des femmes qui partaient conquérir un nouveau monde portés par une foi religieuse puissante. Par ailleurs, la photo jouait à cette époque, notamment en Europe, sur son aspect magique, avec les séances de spiritisme et les arnaques aux photos truquées. Le personnage d’Oscar – qui incarne cette vieille Europe où la littérature fantastique et gothique est en plein essor, de même que la peinture symboliste – est un escroc qui fabrique de fausses apparitions de fantômes sur ses clichés. Il ne croit pas du tout au surnaturel mais va y être confronté une fois le pied posé en territoire comanche.

Mais là où la nouveauté apparait vraiment, c'est dans son approche des genres.  Le western de base est souvent une histoire de la virilité en milieu hostile. Les femmes n’ont au mieux qu’un rôle réduit, mais la plupart du temps elles ont des conditions de vie épouvantables. Elles doivent alors se défendre par le travestissement, telle Calamity Jane.  Loo Hui Phang interroge donc la masculinité dans ce décor : est-ce que monter à cheval et porter une arme suffit à faire de vous un homme ? Ou n’est-ce qu’un costume ? Dans son histoire, Oscar est un homme qui n’a pas l’habitude des chevaux et est incapable de tirer au revolver. Il n’en demeure pas moins un homme. Le genre, la confusion des genres ou leur séparation, sont des thèmes qui l’intéressent car elle n'a pas de réponses arrêtées là-dessus. Elle pense que nous sommes tous mouvants, multiples, y compris dans la sexualité, et que c’est la société qui impose ses limites. Mais les limites entre l’hétérosexualité et l’homosexualité, entre la barbarie et la civilisation,entre le rêve et la réalité sont souvent bien poreuses…

L'autre angle novateur de son scénario est d'assurer l’irruption du fantastique dans l'histoire en s'emparant des codes du western pour les changer de place dans le décor. Tenter une sorte de western perverti. Elle avoue pratiquer cette méthode régulièrement, dans différents genres : les super-héros dans Prestige de l’uniforme, le polar japonais dans Panorama

A la recherche de ce qui fait l’essence même d’un genre, la scénariste a trouvé des pisteset pour le western, son analyse finale tient en quelques mots : ce qui prime c’était les questions du génocide, de la colonisation et du genre. Comme si Loo Hui Phangrendait enfin hommage à Edward S. Curtis, le seul photographeaméricain qui, au tournant du XXe siècle, prenait des clichés des populations indiennes américaines avec la juste distance et un vrai regard non colonisateur. A lire, et vite !

L'Odeur des garçons affamés de Loo Hui Phang & Frederik Peeters, éditions Casterman

(Infos Bodoï)

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