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La liste des mots intraduisibles en français, par Arnaud Maïsetti

La liste des mots intraduisibles en français, par Arnaud Maïsetti

Liste des mots intraduisibles en français. Dans d’autres pays, un seul mot suffirait donc à dire ce qui nous échappe. Est-ce que, privé de tels mots, on est privé des réalités qu’elles désignent ? Je ne sais pas : peut-être la tâche de la littérature serait ici : de lever cette part défaillante du langage. Ce qui est sûr, c’est qu’on s’accroît davantage quand on possède une part de ces sensations de réel – et avec le mot pour le dire, est-ce qu’on est plus sûrement maître de ces sensations ou est-ce qu’en les nommant on ne les achèverait pas ? 

Les langues sont inégales [1]. Sans doute parce que chacune dispose d’un monde absolument étranger à l’autre, ce monde qui exige en retour des mots propres à le nommer. Combien de mots pour dire les cent nuances de la neige dans les pays où elle est quotidienne ? Et combien pour désigner les formes des dunes de sable en plein désert ? Combien pour dire la mélancolie dans les terres sans horizon ? Et combien, la plénitude là où rien ne compte qu’elle ?

Qu’il existe des mots intraduisibles rassure. La langue est plus défaillante que le monde. Entre soi et tout ce qui dehors se dresse, résistent les mots pour le dire : alors il faut d’autres mots pour cerner comme on fait des cercles sur la peau, la caresse du temps, celle des sensations ou des réalités brisées en mille éclats.

Liste des mots intraduisibles en français. Dans d’autres pays, un seul mot suffirait donc à dire ce qui nous échappe. Est-ce que, privé de tels mots, on est privé des réalités qu’elles désignent ? Je ne sais pas : peut-être la tâche de la littérature serait ici : de lever cette part défaillante du langage. Ce qui est sûr, c’est qu’on s’accroit davantage quand on possède une part de ces sensations de réel – et avec le mot pour le dire, est-ce qu’on est plus sûrement maître de ces sensations ou est-ce qu’en les nommant on ne les achèverait pas ?

Chacun de ces mots dit le manque que j’en ai : comment vivre sans ? Je vis pourtant. Chacun de ces mots dit une réalité à elle-même innommable, et qui cache mille mots en elle : chacun de ces mots nomme tout un récit qui pourrait nommer à lui seul l’allégorie d’une vie, la mienne en tous cas. Joie et douleur d’en être dépourvu : joie parce que cette étrangeté fonde le désir d’en rejoindre la beauté, douleur parce que je ne l’approcherai que dans le gouffre d’étrangeté où je me tiens.

Joie & douleur ensemble, parce que l’étrangeté qui les nimbe sont la relation que j’entretiendrai toujours avec ce que ces mots désignent, au loin.

Reste qu’il manque un mot en français pour nommer cette obsession que j’ai pour les mots intraduisibles.

Ici, liste non exhaustive de 35 mots avec une définition évidemment impossible, lointaine mensongère, terriblement décevante ; à compléter encore, et encore.

Arnaud MAÏSETTI

Carnets

 

Note du 3 août

Ajout de 30 mots - classement par ordre alphabétique. 65 mots désormais. Cela finirait presque par devenir un dictionnaire.

 

Note du 4 août

L’intraduisible est une tâche commune. Depuis hier, je reçois des propositions magnifiques pour compléter ma liste de mots impossibles à traduire en français. Cela finirait presque par devenir une encyclopédie collective.


A - B - C - D - E - F - G - H - I - J - K - L - M - N - O -P - Q - R - S - T - U - V - W - X - Y - Z -

 

 

 

A

— AGE-OTORI (japonais) : se trouver horrible après s’être fait couper les cheveux.

— AWARE (japonais) : la douceur d’un bref et évanescent moment de beauté.

 

 

B

— BAKU-SHAN (japonais) : une jeune fille plus belle de dos que de face.

— BACKPFEIFENGESICHT (allemand) : un visage qui mériterait qu’on le cogne : une tête -à-claque, mais les poings fermés et toute la rage qu’il faut pour le ravager.

— BOLAN (bosnie) : hey, mec (et autre variante intraduisible pour s’appeler dans la rue)

 

 

C

— CAFUNÉ (portugais du Brésil) : le geste de tendrement faire courir ses doigts dans les cheveux d’un autre.

— CHAI-PANI (hindi) : Offrir de l’argent à un employé de bureau pour obtenir ce que l’on souhaite. Corrompre, donc - mais pour une minuscule demande.

— CHUZHBINIA (bulgare) : tout endroit du monde qui n’est pas son propre pays.

— CULACCINO (italien) : la trace d’un verre frais laissé sur la table.

 

 

D

— DOR (roumain) : la nostalgie éprouvée pour celui qu’on aime.

— DRACHENFUTTER (allemand) : cadeau que l’on fait à sa femme après avoir commis une grosse bêtise, pour l’apaiser (littéralement, l’appât du dragon [2])

— DUENDE (espagnol) : le pouvoir mystérieux qu’une œuvre peut exercer sur quelqu’un. Puissance que fait surgir en lui – ou qui est possédé par – le danseur de flamenco ou le torero (ou le joueur de jazz…)

 

 

E

— 

 

 

F

— FORMACJA : l’état d’esprit propre à une génération. Par exemple, Notre formacja possède la mélancolie d’un passé qu’elle n’a pas vécu.

— FERNWEH (allemand) : la bougeotte.

— FILOTIMO (grec) : le sentiment qui mêle amour-propre, et sens de l’amitié – envers l’ami dont on est fier, et pour lequel on pourrait se sacrifier.

— FRIOLERO (espagnol) : qui est particulièrement sensible aux basses températures.

 

 

G

— GATTARA (italien) : vieille femme souvent solitaire, qui consacre sa vie aux chats.

— GEZELLIG (hollandais) : [traduction réservée]

— GEMÜTLICH (allemand) : « chaleureux, accueillant, comme une soirée de Noël lorsqu’on était petit, ou une bougie à la fenêtre d’une maison de campagne danoise en hiver [3]. »

— GÖKOTTA (suédois) : se réveiller le matin assez tôt pour sortir dans les bois et entendre le premier chant des oiseaux.

— GUFRA (arabe) : la quantité d’eau que l’on peut tenir dans ses mains jointes.

 

 

H

— HANYAUKU (Rukwangali/Angola) : marcher sur la pointe des pieds sur du sable chaud.

— HAZISARKANY (hongrois) : le conjoint impatient jusqu’à devenir désagréable.

— HEIMAT (allemand) : le foyer, la patrie, ce chez-soi qui est chez nous, tout cela qui dit ensemble d’où l’on vient, et où on ira [4].

— HOLODOMOR (ukrainien) : la famine extrême causée volontairement par un pouvoir pour exterminer un peuple. Souvenir forgé en 1932 marqué au fer de la langue.

— HYGGELIG (danois) : l’inclinaison à être chaleureux et accueillant. Hamlet emploie ce mot, qui ne sert pas à désigner aujourd’hui la politique migratoire de certains pays d’Europe.

 

 

I

— IKTSUARPOK (inuit) : le sentiment qui pousse à regarder autour de soi quand on attend quelqu’un qui ne vient pas.

— ILLUNGA (tshiluba/Congo-Kinshasa) : une personne prête à pardonner tout abus une fois, à tolérer une seconde fois, mais jamais une troisième fois.

— INAT (serbe) : blesser quelqu’un tout en se faisant soi-même du mal.

 

 

J

— JAKSAA (finnois) : avoir un manque d’entrain à entreprendre ce que l’on doit.

 

 

K

— KAAPSHLJMURSLIS (estonien) : le sentiment d’être à l’étroit dans un transport en commun.

— KLLOSHAR (albanais) : toute personne stupide, bornée et solitaire (à prononcer à voix haute pour apprendre son origine).

— KNYGNESYS (lituanien) : littéralement,celui qui transporte des livres – sous l’Empire du Tsar qui avait restreint les libertés de la presse, le knygnesys a sauvé de la destruction tout un pan de la culture lituanienne.

— KOMOERBI (japonais) : le soleil filtré entre les feuilles.

— KYOIKU-MAMA (japonais) : une mère qui presse vigoureusement ses enfants à poursuivre des études supérieures.

 

 

L

— LAGOM (suède) : tout (de la nourriture à la boisson, de la politique à la poésie) qui serait en juste quantité – la juste mesure à la perfection.

— LEILIVISKAJA (estonien) : la personne qui jette de l’eau sur les pierres chaudes du sauna. Le plus beau métier du monde, donc.

— LITOST (tchèque) : l’angoisse à la vue soudaine de sa propre misère. Kundera en fait le maître-mot de l’âme tchèque.

— LUFTMENSCH (yiddish) : évoque quelqu’un d’un peu songeur, qui vit dans les nuages.

 

 

M

— MAMIHLAPINATAPEI (yagan, Australie) : le regard partagé entre deux personnes : chacune espère que l’autre va prendre l’initiative de quelque chose que les deux désirent mais qu’aucun ne voudrait entreprendre le premier.

— MONO NO AWARE (japonais) : renvoie à la mélancolie qu’on éprouve en prenant conscience que toute chose est éphémère [5].

— MUVAFFAKIYETSIZLESTIRICILESTIRIVEREMEYEBILECEKLERIMIZDENMISSINIZCESINE : littéralement, " “Même si vous êtes l’un d’entre eux, nous n’avons peut-être pas été capable de passer facilement pour un fabricant réputé”.

 

 

N

— 

 

 

O

— 

 

P

— PALEGG (norvégien) : tout ce qui peut être déposé sur une tranche de pain.

— PAPAKATA (Maori des îles Cook) : avoir une jambe plus courte que l’autre.

— PETCHALBA (macédonien) : rite qui consiste à quitter son foyer, entreprendre un tour du monde pour tâcher de faire fortune, avant de revenir dans son village.

— POCHEMUCHKA (russe) : quelqu’un qui pose beaucoup trop de questions.

— PROZVONIT (tchèque et slovaque) : appeler un téléphone mobile et laisser sonner une seule fois, afin que la personne appelée puisse rappeler, ce qui permet au premier appelant de ne pas dépenser de l’argent.

 

 

Q

— 

 

 

R

— 

 

 

S

— SAUDADE (portugais) : cette profonde nostalgie pour ce qu’on a perdu à jamais.

— SEHNSUCHT (allemand) : mot qui dit tout à la fois la nostalgie et l’ardent désir : et inversement [6].

— SCHLIMAZL (yiddish) : une personne toute sa vie malchanceuse.

— SCHADENFREUDE (allemand) : le plaisir qui provient du malheur d’autrui.

— SCHILDERWALD (allemand) Une rue encombrée avec beaucoup trop de panneaux.

— SKRIP (russe) : désigne le bruit que font les pas dans la neige.

— SNJÓR (islandais) : une des six mille deux cent quarante trois formes lexicales islandaises pour désigner la neige.

— SOBREMESA (espagnol) : ce moment interminable du café et des digestifs après un repas pendant lequel on s’attarde à parler entre amis [7]

 

 

T

— TALAKA (biélorusse) : cette pratique répandue d’assistance mutuelle dans un village, en échange d’un repas en fin de journée.

— TARTIE (anglais) : l’acte d’hésiter lorsqu’on nous présente quelqu’un dont nous avons oublié le nom.

— TOKKA (finnois) : un immense troupeau de rennes.

— TORSCHLUSSPANIK (allemand) : la peur de devoir renoncer, avec l’âge, à telles ou telles vies.

— TSUNDOKU (japonais) : le fait de laisser la lecture de livres inachevée, livres qui finiront par s’empiler dans la bibliothèques.

— TRETAR (suédois) : la troisième fois que l’on se ressert du café dans la même tasse.

— TINGO (rapanui) : le fait de dérober divers objets que l’on désire en les empruntant à quelqu’un sans jamais les lui rendre.

 

 

U

— UTEPILS (norvégien) Se détendre par une journée ensoleillée, avec une bière.

 

 

V

— VEDRITI (slovène) : se mettre à l’abri de la pluie.

— VOORPRET (hollandais) : le plaisir éprouvé avant d’éprouver le plaisir.

— VIC (croate) : cette forme d’humour caustique qui sert à régler des différends.

 

 

W

— WABI-SABI (japonais) : trouver quelque beauté dans l’imperfection de la nature, ou accepter les cycles de la mort.

— WALDEINSAMKEIT (allemand) : La solitude éprouvée en forêt.

— WON (coréen) : la réticence de quelqu’un à renoncer à ses illusions.

 

 

 

Quelques mots français impossibles [8]. 

— L’APPEL DU VIDE
— LE DÉPAYSEMENT
— LA BÉRÉZINA
— À FLEUR DE PEAU [9]
— À BRAS LE CORPS [10]


Arnaud Maïsetti vit et écrit entre Paris et Marseille, où il enseigne le théâtre à l'université d'Aix-Marseille. Vous pouvez le retrouver sur son site Arnaud Maïsetti | CarnetsFacebook et Twitter @amaisetti.

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