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Un antinationaliste sera toujours un peu seul

Un antinationaliste sera toujours un peu seul

 
® Gabriel Rinaldi

® Gabriel Rinaldi

D'abord comme tragédie, puis comme farce, comme on dit. Mais la tragédie n'est pas encore finie. Je me tiens, comme tant d'autres, sur la Medborgarplats à Stockholm, tandis que la pluie tombe à verse sur les parapluies et les chevelures. Même si je suis en colère (non, ce mot ne suffit pas, il n'y a pas de langue pour décrire la haine que je ressens pour "l'Europe" en ce moment), je me sens partagée sur le fait d'être là. Là, sur Medis, mon corps lourd et humide peut devenir une colère collective, une voix, me dis-je pour me consoler, mais qu'est-ce vraiment que cette voix crie?

 
Les gens qui fuient la guerre ne sont pas aidés par nos larmes et notre sens «merveilleux» de la communauté, mais par une politique qui met les gens avant la frontière. Photo: Maja Suslin / TT

Les gens qui fuient la guerre ne sont pas aidés par nos larmes et notre sens «merveilleux» de la communauté, mais par une politique qui met les gens avant la frontière. Photo: Maja Suslin / TT

 

Je ravale mon ambivalence, et j'écoute le discours de (Stefan) Löfven [Premier ministre social-démocrate suédois, NdT], dans lequel il raconte la saga de l'Europe, qui après la Seconde Guerre mondiale a formé une alliance pour ne plus jamais permettre à la violence, au nationalisme et aux frontières de triompher à nouveau. La tragédie n'est pas terminée: la police fait la chasse aux réfugiés, les enferme dans des espaces restreints, et continue de les forcer à franchir les mers transformées en cimetières par la fermeture des frontières. Pourtant, la farce a déjà commencé, une farce dans laquelle tous les responsables de la politique raciste et inhumaine menée par la Suède et la Hongrie, vont se succéder à la tribune pour dire que tuer des gens, ça n'arrive certainement pas au nom de l'Europe. Peut-être pas tuer des gens, mais les expulser et les mettre en rétention. Peut-être pas tuer des gens, mais des règlements de Dublin et des clôtures.

Le nœud dans ma gorge grandit et avec tous ceux pour lesquels ce cirque reste en travers de la gorge, nous commençons à crier hypocrites, hypocrites aux orateurs. Une femme vient vers nous, en colère que nous cassions l'ambiance, que nous empêchions le dialogue d'après elle démocratique. Et personne n'a jamais donné une description plus fidèle de la démocratie, une démocratie comme le gouvernement de coalition durant la Seconde Guerre mondiale, refusant (et refusant encore) toute alternative de gauche. Une démocratie où les enfants malades démunis de passeports risquent d'être expulsés au nom de la démocratie, car au nom de la démocratie on a décidé que les enfants apathiques sont des simulateurs.

Dans la soirée, il continue de pleuvoir, et je regarde le film de Margarethe von Trotta sur la militante Rosa Luxemburg. Je suis son regard plein d'espoir quand elle parle de la Deuxième Internationale, celle qui devait arrêter le nationalisme et l'impérialisme, et être à la base de la lutte de classe et de la solidarité. Je vois son regard sombre quand elle découvre que la social-démocratie, en dépit des promesses, vote quand même oui à la Première Guerre mondiale.

Nous vivons dans un âge où il est facile d'être envahis par la peine et le dégoût. Ce sont des sentiments que nous devons éprouver, des sentiments qui montrent que nous sommes encore des humains, mais ce ne sont pas nos sentiments qui changent le monde. Dans les moments de résignation et de tristesse je lis des poèmes de Lars Forsell et je sais que la résignation n'est pas une option. "Il n'y a aucune raison d'être optimiste. Il n'y a aucune raison d'être pessimiste. Il y a des raisons pour la révolution ". Les gens qui fuient la guerre ne sont pas aidés par nos larmes et notre sens «merveilleux» de la communauté, mais par une politique qui met les gens avant la frontière et établit des itinéraires sûrs vers l'Europe, abolit la rétention, le Règlement Dublin, Reva* et les expulsions.

Nous avons beaucoup de trahisons sur nos épaules fatiguées, et beaucoup d'hypocrites face à nous, mais nous devons continuer, le rêve d'abattre toutes les frontières vit encore, parce qu'il doit vivre, parce que c'est le seul mode de vie qui n'implique pas une violence systématique. Autant j'ai du mépris pour les politiciens hypocrites, autant je mets mon espoir dans toutes les personnes qui les écoutent. Quand les émotions seront retombées et que les médias seront passés à la prochaine tragédie du monde, je sais que beaucoup resteront sur des places noyées de pluie, pour défier les décisions de justice "démocratiques" qui conduisent les gens à la mort. Ils se bagarreront sur leurs lieux de travail contre ceux qui soupirent sur ces emmerdeurs (de réfugiés) et ils continueront à aider avec des loyers, des chaussures et des cigarettes. À vous, vous tous qui défiez la pluie et la violence, merci d'être là. Rendez-vous à la prochaine manifestation.

Felicia Mulinari 
Traduit par  Fausto Giudice

NdT

*REVA, Rättssäkert och effektivt verkställighetsarbete (Travail de coordination juridiquement sûr et efficace): dispositif bureaucratique permettant d' "opitimiser" l'expulsion des demandeurs d'asile déboutés, mis en place par la police, l'administration pénitentiaire et l'Office d'immigration suédois de 2009 à 2014, et financé par le Fonds européen pour le retour.


Merci à Tlaxcala
Source: http://www.etc.se/kronika/den-koloniala-amnesin-flodar-pa-demonstrationer-mot-fort-europa
Date de parution de l'article original: 13/09/2015
URL de cette page: http://www.tlaxcala-int.org/article.asp?reference=15959 

 
 
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