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"Norte, la fin de l'Histoire". Ou Dostoievsky aux Philippines.

"Norte, la fin de l'Histoire". Ou Dostoievsky aux Philippines.

 

4h10, c’est la durée de Norte. Une éternité pour certains. Mais pour Lav Diaz, figure importante de la scène indépendante philippine, c’est peu. On sait que certains de ses films peuvent aller jusqu’à 11h. Il n’a pas peur de briser les conventions, d’aller dans des territoires que d’autres n’oseraient pas approcher. D’après les propos du cinéaste, en dépit de l’état du cinéma dans son pays et plus largement dans le monde, il ne faut pas se laisser absorber par le système mais continuer à faire de l’art, et ce, même si le cinéma à ses yeux se perd progressivement. Norte, c’est le film de la résistance, un « statement » comme diraient les Américains, une étincelle dans la sélection officielle un peu tiède du festival de Cannes cru 2013 . Lav Diaz est un rebelle, un vrai, et du genre brillant de surcroît. 4h10, c’est le temps qui convient à Diaz, et chaque seconde est précieuse, chaque plan, chaque idée de mise en scène.

Norte est un récit en 3 actes distincts. C’est l’histoire d’un homme qui est accusé à tort d’un crime, l’histoire de l’errance du vrai meurtrier, l’histoire de l’état des Philippines. On y parle aussi bien de Marx, de l’idée d’absolu ou de justice. Le récit s’ouvre sur une discussion très politique autour d’un verre. La caractérisation de Fabian, premier personnage important du film est parfaite. Le cadre se concentre au début sur la petite bourgeoisie, dans le monde des artistes et des intellectuels : autour d’un cocktail, on refait le monde, on pense pouvoir arranger les choses, on palabre, encore et encore.

Crime et châtiment aux Philippines aurait pu être le sous-­titre de Norte tant la première partie (1h30 de film) est une libre adaptation du roman de Dostoïevski. Fabian EST Raskolnikov, étudiant sans le sou, qui doit emprunter à une usurière sadique. Il n’aura de cesse de vouloir « libérer le monde du mal », de se demander si un crime est justifiable, s’il sert l’intérêt commun. Evidemment, il ira au bout de son idée, évidemment viendra, après le crime, le temps du châtiment. Le personnage, nihiliste total, n’aura de cesse de vouloir se détruire, toujours tiraillé par la culpabilité, mais aussi complètement détruit par ses idéaux. De la théorie à la pratique, il y a un pas que Fabian a franchi. Sa quête de rédemption est destructrice, pour lui et tous ceux qui l’entourent.

Joaquin, qui subit les conséquences des actes de Fabian, est celui qu’on associera à une autre figure dostoïevskienne : L’Idiot, le comte Mychkine. Il vient cette fois d’un milieu pauvre, mais il est un personnage fondamentalement bon, malgré l’infortune qui vient les frapper, lui et sa famille. Durant ses épreuves incroyablement difficiles, il garde le cap, continuant d’agir d’une façon tellement désintéressée et bonne qu’il déclenche l’incrédulité et l’incompréhension de tous ceux qui l’entourent. Il est l’homme qui s’oppose au cynisme de Fabian, l’idéaliste meurtrier. De par sa bonté, il fera changer de comportement le plus endurci des hommes (sublime personnage de Wakwak).

Autour de Fabian et Joaquin, tout un tas de personnages continuent d’exister, d’influer sur la course des évènements. 4h10, c’est la durée idéale pour Diaz de développer son roman russe, enchevêtrement de récits, multitude de personnages qui se croisent sur 4 ans. Au-­delà de Dostoievski, il y a l’aspect dickensien, chère à David Simon, créateur de la série The Wire. Norte partage de nombreuses similitudes avec la série de HBO : étude sociale, segmentation de l’histoire pour aborder plusieurs thèmes et les approfondir, croisement de personnages et de destins. Le film de Lav Diaz est un grand film/roman.

Le pouvoir de fascination du film est déjà immense, mais son esthétique envoie le film vers des sommets stratosphériques. C’est bien simple, Norte était le plus beau film de cette quinzaine de Cannes. S’il avait été en compétition, le prix de la mise en scène n’aurait pas pu lui échapper. Les plans séquences, tableaux sublimes et prouesses techniques rappellent Bélà Tarr. C’est beau à pleurer. Quand la caméra s’immobilise, ce sont les acteurs eux- mêmes qui se meuvent dans le cadre créant le mouvement (on les verra souvent sortir du cadre pour y revenir à l’arrière­-plan). La caméra semble légère, les mouvements sont tellement subtils que sans s’en apercevoir, on se retrouve d’un plan large à un plan serré, l’effet est garanti. La réalisation de Lav Diaz n’a rien d'une préciosité, elle sert le propos, embrasse les personnages et leur destin, rend compte de leurs états d’âmes. Elle frappe fort, émeut et choque.

Norte, la fin de l’histoire est décidément un grand film, qui marque au fer rouge. Tellement dense et beau que les 4h10 semblent après coup plus que nécessaires. Lav Diaz est un rebelle, un vrai, et son film transpire le cinéma par tous ses pores.

Jérémy Coifman

Norte, la fin de l’histoire de Lav Diaz. Philippines. 2013.

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